Avec « Questions pour un balcon », Noam Cartozo a damé le pion à l’ennui

Révélés pendant la crise sanitaire (2/4). À l’annonce du premier confinement en mars 2020, les esprits s’embuent. Mais pas celui du comédien Noam Cartozo, bien décidé à lutter contre la morosité ambiante. Depuis le balcon de son appartement parisien et sur les réseaux sociaux, il anime une parodie de « Questions pour un champion », à la grande joie du voisinage et des internautes du monde entier.

Tout est parti d’une blague, comme bien souvent chez Noam Cartozo. Le 17 mars, le comédien parisien, alors âgé de 31 ans, est confiné dans son appartement du 11e arrondissement, comme le reste de la population française. Les représentations de pièces de théâtre dans lesquelles il jouait à Marseille se sont brutalement arrêtées. Pour tromper l’ennui qui commence déjà à poindre dans le réduit de son deux-pièces, l’artiste diffuse, les premiers jours de confinement, de la musique, puis organise des blind tests. Mais bien vite, le comédien, qui aime interpeller ses voisins depuis sa fenêtre, se lasse. Lui vient alors l’idée d’animer un quiz. Le jeu « Questions pour un balcon » est né.  

Dès le 24 mars, la calme rue Saint-Bernard se transforme en un improbable terrain de jeu : les voisins côté pair opposent leurs connaissances aux voisins impairs, départagés par un monsieur loyal volontiers rieur. Le succès est rapidement au rendez-vous. Chaque soir, après les applaudissements de 20 heures adressés aux soignants qui sont au chevet des malades du Covid-19, le jeu commence. Les questions fusent. Les rires aussi. « Je voyais les gens un peu tristes à leur balcon, j’avais envie d’égayer leur quotidien avec un petit moment de joie chaque soir. »  

De la rue Saint-Bernard à l’autre bout de du monde 

Le rituel est immuable. Un jingle, qui ressemble à s’y méprendre à celui de « Questions pour un champion ». Quelques minutes d’applaudissements pour les soignants, les pompiers, les éboueurs. Puis le lancement de l’animateur, devenu un gimmick. « Bonsoir et bienvenue à questions pour un » … « Balcon ! », répondent les voisins à l’unisson. Puis les questions s’enchaînent. « Quel groupe a interprété Hotel California ? Où se trouve la Sibérie ? Quel animal est Panpan dans Bambi ?” Petits et grands peuvent participer.  

Après un quart d’heure passé avec les voisins, le jeu se poursuit en direct sur Instagram durant 45 minutes. Les réseaux sociaux font une nouvelle fois la preuve de leur puissance : en quelques jours, les connexions explosent, le jeu est regardé aux quatre coins du globe. Le rendez-vous quotidien enregistre même un pic à deux millions de connexions. « Je ne m’attendais pas à un tel succès », s’étonne encore le comédien, plusieurs mois après la diffusion du jeu.  

« C’était génial de voir mes petits neveux qui vivent en Israël hurler eux aussi ‘Balcon’ depuis leur canapé, à des milliers de kilomètres de là”, poursuit le comédien. Habillé d’un élégant costume noir et chemise blanche à la manière d’un Julien Lepers ou d’un Samuel Étienne, le trublion du balcon se déguise aussi au gré de ses humeurs et de l’actualité, aidé par sa compagne, maquilleuse professionnelle. Tantôt extraterrestre, tantôt sorcier, il est aussi lapin, vahiné, ou Donald Trump le temps d’une soirée.  

 

Sponsors et médias 

Comme dans un vrai jeu télévisé, il y a des lots à gagner. « Au début, je faisais gagner des rouleaux de papier toilette et des paquets de pâtes, denrées devenues rares dans les magasins ». Mais très vite, les marques repèrent le potentiel du rendez-vous quotidien. Les propositions des sponsors abondent. « J’ai reçu un nombre incalculable d’offres, des produits les plus nécessaires en ces temps de crise aux plus farfelus. Je n’ai retenu que les offres raisonnables, » précise Noam Cartozo dans un sourire. Des enseignes de jeu ou des éditeurs de presse jeunesse font ainsi dons de boîtes de jeux ou d’abonnements magazines pour les plus jeunes. De grands distributeurs proposent eux aussi des colis pour passer un confinement à deux pendant une semaine. Certains sont redistribués aux bénévoles du quartier qui poursuivent leurs maraudes. En tout, ce sont plus de 30 000 euros de cadeaux sont offerts pour le jeu lors du premier confinement.  

La réalisation, elle, se professionnalise. Au début, une seule caméra filme l’émission improvisée. Très vite, sept objectifs cadrent le show pour multiplier les prises de vue. Le jeu terminé, Noam s’attèle ensuite à un long travail de montage qui l’entraîne jusqu’à trois heures du matin. « Entre la préparation de l’émission, la gestion des sponsors, le montage, etc… Je n’ai jamais autant travaillé pendant le confinement », reconnaît-il dans un éclat de rire. Finalement, je télétravaillais comme les autres. »  

Bientôt, Noam doit aussi composer avec les médias. « À partir du moment où les agences de presse AFP et Reuters ont sorti une dépêche sur l’émission, les demandes de tournages et interviews de journalistes français et étrangers ont afflué. » Le comédien s’y prête volontiers et partage sans compter sa joie de vivre dans les JT et émissions du monde entier. Pourtant, derrière le sourire de l’amuseur devenu public, les choses ne vont pas aussi bien. Deux jours après le début de l’émission, il a reçu un coup de fil de sa mère. « Elle appelle certainement pour me féliciter et m’encourager », pensait alors le trentenaire insouciant. Son enthousiasme est rapidement douché : son frère, atteint du Covid, est hospitalisé et placé en coma artificiel. Pas question de flancher. Comme son frère se bat sur son lit d’hôpital, Noam veut lui aussi tenir la cadence de ses longues journées. Sa manière à lui façon de se battre à ses côtés. Après un mois d’hospitalisation, son frère est sorti d’affaire, Noam ressent alors le besoin de le partager avec ses voisins, devenus de véritables compagnons de vie, toujours depuis son balcon. « Tout le monde a applaudi, c’était vraiment un beau moment de partage. »  

La fin du confinement, le début de nouveaux projets 

La fin du confinement a raison de l’émission. Le jeu prend fin le 10 mai. « Le dimanche soir, j’ai fait mes au revoir aux voisins. Je les ai remerciés d’avoir joué tous les soirs avec moi. C’était très émouvant. Tout le monde a applaudi. Il y a eu une longue standing ovation, comme au théâtre. C’était aussi une bonne chose que cela s’arrête. »  

De cette parenthèse, reste une belle complicité entre les résidents du quartier. « Depuis, on se connaît tous dans la rue, on échange. Il y a des newsletters, des groupes WhatsApp. Il y a même un couple qui s’est formé grâce au jeu. Je suis vraiment content d’avoir apporté un peu de gaieté aux gens pendant cette période qui en manquait cruellement », résume Noam Cartozo.  

Boite de jeu "Y a du monde au balcon", créée après le premier confinement pour divertir.
Boite de jeu « Y a du monde au balcon », créée après le premier confinement pour divertir. © Aude Mazoué

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais après le confinement, de nouveaux projets se mettent en place comme de nouvelles émissions sur les réseaux sociaux. Un éditeur a aussi proposé à l’animateur providentiel s’il voulait immortaliser son émission dans une vraie boîte de jeu. Le trentenaire hésite. Finalement accepte. En trois mois à peine, la boîte de jeux intitulée « Y a du monde au balcon » s’écoule à plus de 3 200 exemplaires. Aucune volonté d’en faire un gagne-pain : à chaque boîte de jeu vendue, un euro est reversé à la fondation Hôpitaux de Paris, Hôpitaux de France. À l’intérieur de la boîte se trouvent les noms des voisins qui ont participé au jeu ainsi que le nom de l’hôpital où l’on a soigné son frère. « Si ce jeu peut apporter un peu d’argent aux hôpitaux qui ont sauvé des milliers de gens comme mon frère et de la bonne humeur dans les apéros, alors c’est parfait. »  

Dans la boîte de jeu, "Y a du monde au balcon", le nom des participants et l'hommage aux hôpitaux.
Dans la boîte de jeu, « Y a du monde au balcon », le nom des participants et l’hommage aux hôpitaux. © Aude Mazoué

Depuis cet été, le comédien a retrouvé les planches qui lui ont tant manqué. En tournée dans toute la France, il a repris les pièces de théâtre là où il les avait laissées. À quelques détails près. Après les représentations des « Trois mousquetaires » et de « Don Quichotte… ou presque », des spectateurs viennent désormais saluer celui qui les a divertis pendant le confinement. « Ils me suivent sur les réseaux sociaux et viennent me voir jouer. Ils attendent la fin de la pièce pour discuter, c’est le plus beau des cadeaux », conclut le comédien. Dans cette histoire, Noam Cartozo a gagné de nombreux followers, de nouveaux fans, une notoriété nouvelle. Et de beaux souvenirs.  

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