Covid-19 : l’infectiologue Nathan Peiffer-Smadja en lutte contre l’épidémie de fake news

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Révélés par la pandémie (4/4). Aux côtés de ses collègues médecins, Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l’hôpital Bichat à Paris, livre depuis le début de la crise sanitaire une bataille sans merci contre l’épidémie de Covid-19 et la désinformation. Notamment avec le soutien de l’ONU.

Le modeste bureau qu’il partage avec un collègue médecin est en pagaille. Tout comme son épaisse chevelure brune. Mais son esprit est clair, ordonné, résolument scientifique. Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue de 31 ans, est depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en première ligne au sein du service de maladies infectieuses et tropicales du centre hospitalier universitaire Bichat à Paris.

Fin 2019, le jeune médecin, qui poursuit une partie de sa thèse sur les outils de prescription médicale électronique à l’Imperial College de Londres, est rapidement rappelé en France pour travailler sur le nouveau virus. « Avec les premières informations qui venaient de Chine, on a très vite compris l’ampleur de l’épidémie qui s’annonçait. » Raison pour laquelle dès le mois de janvier 2020, il se lance dans un travail de recherche clinique sur le Covid-19 pour tenter de trouver des traitements efficaces tout en prêtant main forte par la suite au service d’infectiologie débordé par l’afflux de patients. « Les débuts ont été durs, car on voyait beaucoup de malades mourir. Et mourir vite. On n’a pas l’habitude de cela dans nos services d’infectiologie, où l’on a généralement des traitements à proposer en fonction des pathologies. »

Twitter, « outil efficace d’échanges entre médecins »

Engagé tout entier dans la lutte contre le Sars-CoV-2, le jeune médecin originaire de Nancy comprend bien vite que le combat contre le virus se livre aussi bien aux côtés des patients, dans les laboratoires que sur les réseaux sociaux. Sans jamais le nommer, Nathan Peiffer-Smadja regrette que les propos sans réels fondements scientifiques du professeur de microbiologie marseillais Didier Raoult aient bénéficié d’une telle caisse de résonance dans la presse. « II faut dire qu’il y avait une désinformation institutionnalisée puisqu’elle venait principalement d’un organisme de recherche médicale reconnu. Il était donc particulièrement difficile de lutter contre cette parole dominante dans les médias. Et de son côté, la communauté médicale et scientifique a tardé à se rendre compte de l’ampleur de la désinformation qui régnait, notamment autour de l’hydroxychloroquine. »

C’est donc sur son compte Twitter qu’il pourfend les fake news. Le soir, après les longues journées de travail, ou le week-end, il y distille les quelques informations fiables dont il dispose. Il profite aussi de la lenteur des ordinateurs de l’APHP, confie-t-il dans un sourire, pour consulter les posts de ses confrères du monde entier. « De manière générale et plus particulièrement en cette période de pandémie, Twitter est un outil extrêmement efficace pour échanger les données scientifiques entre médecins. C’est aussi un excellent moyen pour vulgariser nos connaissances sur le virus auprès du grand public. » Les attaques ad nominem ? Le médecin préfère les ignorer. Depuis un an et demi, il a d’ailleurs appris à rester calme et faire fi des propos virulents qui essaiment sur la Toile. De Twitter, il ne veut garder que le meilleur.


Collaboration avec l’ONU 

C’est d’ailleurs par la messagerie du réseau à l’oiseau bleu qu’il est régulièrement approché par les médias. « C’est un excellent moyen d’être contacté par les journalistes », assure-t-il. Non pas qu’il cherche à tout prix la lumière. Mais s’exposer pour relayer les informations avérées relève aussi de son devoir. Même au cœur de la tourmente, quand il s’agit d’avouer que la communauté scientifique ne dispose d’aucun traitement fiable contre le virus quand certains affirment le contraire. « Les médecins ont une relation parfois ambiguë avec la presse. Être médiatisé, c’est aussi prendre le risque d’être jugé par ses pairs ou bien d’être accusé de vouloir briller devant les caméras quand dans le même temps des malades décèdent à l’hôpital », abonde Nathan Peiffer-Smadja.

Pourtant, en temps de pandémie, la communication est essentielle. L’ONU l’a bien compris puisqu’elle a cherché à contacter des médecins de toutes les nationalités pour assurer la diffusion des informations sur le Covid-19. C’est encore sur Twitter que Nathan Peiffer-Smadja est contacté par l’organisation internationale pour étendre son travail de vulgarisation scientifique et de partage d’information sur les traitements et les vaccins anti-Covid. Nouvelle preuve, s’il en fallait, que la bataille contre le virus se joue sur tous les fronts.


Une réflexion à engager

L’arrivée du vaccin a redonné un nouvel intérêt à la communication sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, YouTube et Twitter, l’infectiologue peut désormais, à grand renfort de preuves scientifiques, encourager les derniers réticents à passer au vaccin, seul rempart efficace pour sortir de la crise sanitaire mondiale.

Mais cet élan d’espoir ne doit pas exonérer nos sociétés de profondes remises en cause. « On savait que ce risque de pandémie allait arriver. Mais on ne savait ni quand ni sous quelle forme l’épidémie arriverait. Avec le Covid, on a désormais la preuve qu’un risque pandémique peut à tout moment surgir en raison des mouvements de population, des guerres, du réchauffement climatique, de l’urbanisation, de la déforestation… Au-delà de l’épidémie de Covid qui se réglera si on arrive à vacciner l’ensemble de la population mondiale, il va être nécessaire d’engager une réflexion plus profonde sur l’écologie au sens large si l’on veut véritablement sortir de ce risque. »  


Optimiste de nature, Nathan Peiffer-Smadja veut aussi souligner les aspects encourageants que la crise a révélés. « Les hôpitaux publics tout comme la médecine libérale, régulièrement sujets aux critiques en France, ont fait la preuve de leur réactivité et de leur efficacité. Avec la crise, on a pu voir que tous les pays ne disposaient pas de ces précieux services qui permettent à chacun d’être soigné quels que soient ses revenus. Notre système de santé est une richesse que l’on doit à tout prix préserver. » Le message est passé. L’infectiologue peut à présent retourner dans les sombres couloirs de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris retrouver collègues et patients.

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